Les mots grammaticaux du Dao De Jing
莫 mò
Dans le Dao De Jing, 莫 (mò) est toujours le pronom négatif « personne, rien » (20 fois), comme dans 莫能知, « nul ne sait comprendre ».
莫 est un mot négatif qui est aussi un sujet : « personne, rien, aucun ». 天下莫能知 (chapitre 70), c'est « nul au monde ne sait comprendre ». Ce n'est pas un simple « ne… pas » (c'est le rôle de 不) : il dit que, parmi tous les gens ou toutes les choses en question, il n'y en a aucun qui le fasse.
En chinois moderne, 莫 signifie « ne… pas » à l'impératif, dans la langue soutenue ou régionale (莫急, « ne vous pressez pas »), et l'ancien sens survit dans des expressions figées comme 莫名其妙, « incompréhensible » (nul ne peut dire pourquoi), et 爱莫能助, « vouloir aider sans le pouvoir ».
莫 au sens de « personne, rien »
Tournure 莫 + verbe / 莫 + adjectif + 于 + nom
Un pronom négatif, « personne, rien », sujet du verbe qui suit. Avec 于 « que », il fait une comparaison, « rien n'est plus… » : 祸莫大于不知足 (chapitre 46), « Pas de malheur plus grand que de ne pas savoir se contenter ». 莫不 est une double négation, « aucun ne manque de », c'est-à-dire « tous » : 万物莫不尊道而贵德 (chapitre 51), « aucun des dix mille êtres ne manque d'honorer la Voie et d'estimer la vertu ». Quand le complément est le pronom 之 « le », il passe devant le verbe : 莫之能守 (chapitre 9), « ne peuvent être défendues ».
20 fois, dans 18 lignes.
莫之能守。
ne peuvent être défendues.
Chapitre 9, ligne 6夫唯不争,故天下莫能与之争。
Parce qu'il ne rivalise pas, nul au monde ne peut rivaliser avec lui.
Chapitre 22, ligne 7天下莫能臣也。
nul au monde ne peut le soumettre.
Chapitre 32, ligne 2民莫之令而自均。
et le peuple, sans ordre de personne, la partagerait également.
Chapitre 32, ligne 6上礼为之而莫之应,
Le rite supérieur agit, et quand personne ne répond,
Chapitre 38, ligne 7祸莫大于不知足;
Pas de malheur plus grand que de ne pas savoir se contenter ;
Chapitre 46, ligne 3
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咎莫大于欲得。
pas de faute plus grande que de vouloir acquérir.
Chapitre 46, ligne 4是以万物莫不尊道而贵德。
C'est pourquoi aucun des dix mille êtres ne manque d'honorer la Voie et d'estimer la vertu.
Chapitre 51, ligne 3道之尊,德之贵,夫莫之命而常自然。
La Voie est honorée et la vertu estimée, non sur un ordre, mais toujours d'elles-mêmes.
Chapitre 51, ligne 4治人事天,莫若啬。
Pour gouverner les hommes et servir le ciel, rien ne vaut la frugalité.
Chapitre 59, ligne 1无不克则莫知其极;
de qui vient à bout de tout, nul ne connaît les limites ;
Chapitre 59, ligne 5莫知其极,可以有国;
quand nul ne connaît ses limites, on peut tenir un pays ;
Chapitre 59, ligne 6以其不争,故天下莫能与之争。
Parce qu'il ne rivalise pas, nul au monde ne peut rivaliser avec lui.
Chapitre 66, ligne 9祸莫大于轻敌,轻敌几丧吾宝。
Pas de malheur plus grand que de sous-estimer l'ennemi ; le sous-estimer, c'est presque perdre mes trésors.
Chapitre 69, ligne 6天下莫能知,莫能行。
Pourtant nul au monde ne sait les comprendre, nul ne sait les pratiquer.
Chapitre 70, ligne 2天下莫柔弱于水,
Rien au monde n'est plus souple ni plus faible que l'eau,
Chapitre 78, ligne 1而攻坚强者,莫之能胜,
et pourtant, pour attaquer le dur et le fort, rien ne la surpasse,
Chapitre 78, ligne 2天下莫不知莫能行。
tout le monde le sait, mais nul ne sait le pratiquer.
Chapitre 78, ligne 6
Comment les distinguer
莫 occupe toujours la place d'un sujet : il est lui-même le « personne » ou le « rien », alors que 不 ne fait que nier un verbe. Dans 天下莫能知 (chapitre 70), le monde est le champ, et 莫 dit que personne n'y sait comprendre ; un 不能 dirait seulement qu'un sujet donné ne peut pas.
Le chapitre 78 montre ses deux tournures côte à côte : 天下莫柔弱于水, « Rien au monde n'est plus souple ni plus faible que l'eau », la comparaison ; et 莫之能胜, « rien ne la surpasse », avec le complément 之 placé devant le verbe.